Cultiver son management comme on cultive son jardin

Cultiver son management comme on cultive son jardin

Si, il y a trois ans, quelqu’un m’avait dit que le jardinage nourrirait ma réflexion sur le management, l’aurais-je cru ? Jardiner a toujours été important dans ma famille. Mais dans mon imaginaire, cela rimait avec sol ingrat et dur comme du cailloux, plantes et récoltes fauchées par les limaces et autres rongeurs, désherbage intensif sous peine d’invasion, et, en fermant les yeux, l’image qui s’impose est celle de mon père avec une sulfateuse à la main, ou sur le dos.

Que s’est-il donc passé il y a trois ans ? Mon fils Oscar m’a initiée à la permaculture. Avec pour effet de transformer un jardin laissé à l’abandon, faute des connaissances appropriées, en jardin d’abondance. Et plus je jardine et plus je tire des parallèles entre cette nouvelle approche de la culture permanente qui donne son nom à la permaculture (permanent agriculture) et ce vent de renouveau du management, dit de l’entreprise « libérée ». Pour accompagner cette évolution du management, le livre de Frédéric Laloux « Reinventing organisation » (je vous conseille la version abrégée et illustrée) a fonctionné comme un détonateur. Lors d’un de ses récents passages, j’ai interrogé Isaac Getz, professeur en économie qui a observé quelques centaines d’organisations dans son livre « L’entreprises libérée », sur sa vision de la dissémination de ce nouveau modèle d’entreprise. Voici le résumé de sa pensée en espérant ne pas le trahir : lent mais inéluctable. Et il en va de même de la permaculture. L’adopter, c’est ne plus s’en passer.

Parler de management est toujours un peu abstrait. Alors permettez-moi ce détour fécond. En permaculture, la récolte est la conséquence de la richesse du sol. On n’est pas obsédé par la plante, mais par le terreau dans lequel elle évolue. On observe où chacune d’elle s’épanouit, et on l’accompagne dans son élan naturel. Et il en va de même pour nos ressources humaines. Si autrefois, on basait l’embauche sur les qualifications, aujourd’hui, on privilégie les talents de la personne, soit ses talents intrinsèques, ce qu’elle sait faire de mieux et sans effort, autrement dit la façon dont ses neurones sont naturellement connectés dans sa tête. Ensuite on s’intéresse à sa mission de vie pour savoir si elle rime avec celle de l’entreprise pour le meilleur épanouissement mutuel possible.

Si la priorité est de nourrir le sol et non la plante, prêter attention à l’écosystème environnant l’est tout autant. Car tout est relié. Le sol se nourrit des déchets organiques que l’on peut récupérer alentour. Et les vers de terre et les micro-organismes ainsi développés deviennent nos meilleurs alliés. Ensuite, il s’agit de tisser les associations de plantes et d’encourager leur diversité. Le moteur de la permaculture n’est pas la performance mais la découverte, par l’observation, de l’essence et du talent unique de chaque chose : sol, plante, environnement. Et c’est de la maximisation de ces heureuses conjonctions que naît l’abondance, qui est une conséquence.

Permettez-moi un raccourci : management et agriculture actuels sont un héritage direct des dernières guerres. Management du commandement et du contrôle typique d’une armée, et agriculture chimique que l’on a appelé la révolution verte et qui a permis de recycler les usines à chars d’assaut et à armes chimiques. A l’image des jeunes soldats alignés, calibrés et répondant aux ordres, on retrouve dans nos campagnes des plantons alignés, calibrés et sommés de croître au pas, sur les ordres de Bruxelles. N’oublions pas que les paysans de l’Union européenne obéissent à des directives unifiées qui donnent le tempo de l’ensemencement à la récolte, en passant par toutes les phases de la trentaine de passage d’engrais et de désherbage.

Ce type de management est celui des multinationales prises dans une accélération de fusions et concentrations successives qui les amènent à dépasser en taille et en importance les Etats. Pour les PME qui composent 90% du tissus économique suisse, l’adoption d’un management qualitatif, libéré, souple et agile est le moyen de rester attractif et performant. Et les jeunes y aspirent et souhaitent mieux comprendre les mécanismes de ce management collaboratif que j’ai la chance d’enseigner à la HEG Fribourg et en entreprise. Cette capacité de résilience organisationnelle devient clé et fait d’ailleurs faire l’objet d’un CAS développé à la HES-SO Genève par Mathias Baitan.

Chronique de Geneviève Mornad, fondatrcie de rezonance, paru dans Entreprise romande

Posté par Geneviève Morand
CEO - Rezonance
Formation : Licence en droit de l'université de Lausanne, Master in Public Administration de l'Idheap, Spécialisation en marketing SAWI et IMD. Parcours : 15 ans dans l'audiovisuel (cinéma, radio et télévision), 15 ans dans l'Internet, mon défi est de réussir les 20 ans de rezonance ... [lire la suite]
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