Historique

Historique


Dates clés

1998
Lancement des conférences First à Genève au Club Suisse de la presse, puis à la Chambre de commerce et d’Industrie, puis à l’UBS

1999
Rejoint le réseau First Tuesday
Lancement du réseau social rezonance.ch, réseau social pionnier en Europe
Certains chercheurs disent même qu’il s’agit du 1er réseau social européen
Organisées d’abord à Genève, les conférences se déploient dans chaque canton romand : Vaud, Fribourg, Neuchâtel, Valais, Jura

2008
Anniversaire des 10 ans de Rezonance, avec comme invités d’honneur Albert Jacquard, Edgar Morin et René Berger. Et sous le patronage de Henri-Ferdinand Lavanchy et Branco Weiss, deux entrepreneurs, romand et alémanique, emblématiques

2014
Anniversaire des 15 ans en présence de 700 participants et de Pierre Rabhi invité d’honneur du 400ème First.
Célébration du 40'000 ème membre

2017
La communauté célèbre le 50'000 ème membre.
Lancement d’une nouvelle plateforme Internet

2018
Célébration des 20 ans en présence d’Edgar Morin


Interview de Geneviève Morand sur l’intuition initiale
"Tout était à inventer"

Comment est née l’intuition initiale de Rezonance ?
« Vous couplez le changement de paradigme (Saloff Coste, Le Management du troisième millénaire, 1991) avec la révolution numérique (Being Digital, Negroponte, 1995), et vous prenez conscience de vivre une époque formidable, faites d’autant de crise que d’opportunité ! Vous devenez conscient de l’accélération du changement qui va impacter l’ensemble de la société, les individus et les organisations. Il reste à choisir entre anticiper ou subir. »

Comment avez-vous eu l’idée de créer un réseau social ?
« Ce fût un chemin en plusieurs étapes. Le premier pas a été la décision en 1997 de quitter la Télévision Suisse romande où j’occupais le poste de Cheffe du Département des Affaires commerciales et du Marketing, alors que j’avais charge de famille. Le directeur général m’a interrogé sur mon futur employeur. Lorsque je lui ai dit que je partais explorer le contient Internet, sans filet ni parachute, il a écarquillé les yeux ! Ensuite, il a fallu le courage de ne pas se précipiter, de ne pas reproduire sur la toile des métiers connus mais de s’ouvrir au neuf. J’ai pris le temps de trouver ce que ce nouveau média qu’est Internet permettait de faire différemment. J’ai eu la chance dès le départ de « designer » un modèle d’affaires gratuit avec comme produit d’appel les conférences qui s’appelaient à l’époque les Rendez-vous du Tout numérique. Très vite, nous avons imaginé une plateforme de réseautage en ligne. Ce fut rezonance.ch, un réseau social pionnier en Europe. Tout était à inventer. On ne pouvait pas copier. Cela n’existait pas. Encore. »

Aviez-vous conscience de faire acte de pionnier ?
« On ne savait pas à l’époque que cela avait un nom, celui de réseau social, et que ce nouveau secteur d’activité allait générer des entreprises dont les valeurs boursières allaient laisser pantois les géants de l’industrie. La grande difficulté a été de ne pas renoncer alors que tout le monde disait que ce que nous faisions ne ressemblait à rien. »

Sur quelle vision est bâti Rezonance ?
« Celle de co-inventer le futur. Notre époque est capable du meilleur comme du pire. Comme il y a un endroit, il y a un envers. Comme il y a un empire, il y a un « embon ». Nous vivons une époque où on manque de mots pour décrire ce qui se passe. N’hésitons pas à les inventer. Notamment pour permettre à l’intelligence collective d’être capable du meilleur ! Le défi est de cultiver de nouvelles compétences, celles de l’open source, de l’intelligence relationnelle par exemple. Et de créer de nouveaux espaces, qu’ils soient virtuels comme les réseaux sociaux, ou physiques comme les espaces de coworking, où s’accomplir sur le plan individuel et sociétal. »

Pourquoi ce nom de Rezonance ?
« J’ai mis du temps à trouver ce nom. Je souhaitais un nom qui puisse se décliner en français, allemand et anglais. Qu’il soit féminin. A la fois poétique et descriptif. Ce nom évoque la résonance. Si vous mettez deux guitares dans une salle et que vous jouez une note sur l’une d’elle, la corde correspondante de l’autre guitare se met aussi à vibrer. Elle entre en résonance. C’est une belle métaphore de la loi des 6 degrés qui dit qu’entre n’importe quelle personne sur terre et une autre personne, il n’y a, en moyenne, que 6 degrés de séparation. Connaissant cette loi, votre vision du monde change. Vous prenez conscience que nous sommes tous intrinsèquement reliés. Et que nous n’avons peut-être même pas besoin de connexion physique (comme Internet) pour être connecté aux autres et à la masse d’information et d’énergie qui sous-tend tout l’univers. »

Quelle a été cette période ?
« Boom internet, nouvelle économie, tels ont été les mots pour décrire la déferlante d’entreprises et de nouveaux métiers créés à partir d’un lap top: hébergeur de serveurs, concepteur de site Internet, configurateur de bases de données, opérateur de réseaux sociaux, programmeur de logiciels (libres), développeur de moteurs de recherche, « community manager », etc. etc. Le champ des possibles s’est ouvert pour de nombreux jeunes et moins jeunes. La création d’entreprise s’est démocratisée du fait de la simple possession d’un PC ou d’un MAC. Nul besoin d’investissement dans un appareil de production, une usine, des machines et autres équipements lourds. »

Comment êtes-vous tombée dans la marmite des nouvelles technologies ?
« Très tôt. En 1985, après mes études de droit, j’ai consacré mon mémoire de Master en Administration Publique (l’ENA suisse) aux réseaux de télévision par câble (l’ancêtre des autoroutes de l’information) et à ce que l’on appelait la voie de retour, soit une possible interactivité. Ensuite, j’ai beaucoup fréquenté l’Atelier de Jean-Michel Billaut, analyste prévisionniste de la Compagnie bancaire (futur Paribas), pionnier du Minitel et personnalité française de l’Internet. On y écoutait religieusement les gens qui rentraient du Comdex (Computer Dealer's Exhibition), un salon informatique qui s'est tenu, une fois par an de 1979 à 2003 à Las Vegas. J’étais une des rares femme du cénacle, et la seule Suissesse. Enfin en 1997, je suis partie aux États-Unis où j’ai compris qu’Internet allait s’imposer comme média distribué, interactif et en temps réel. A mon retour, j’ai créé les premières conférences, sur le même modèle qui fait encore notre succès aujourd’hui. »

Comment s’appelaient ces conférences ?
« Au départ, Les Rendez-Vous du tout numérique. Ils avaient lieu au Club Suisse de la presse puis à la Chambre de commerce. Et quand la salle de la CCIG est devenue trop petite, Jean-Remy Roulet a contacté UBS pour les convaincre d’accueillir les First aux Noirettes à Genève et dans leur centre de Prilly à Lausanne. Nous sommes ainsi passé de salles pouvant accueillir 50 participants, à 100, puis à 350. Nous avons aussi « designer » un autre format qui a fait le tour d’Europe, avec la banque BNP Paribas et Laurent Edel, engagé par Billaut pour développer les activités de l’Atelier. Sous le nom de NEW pour « Net Economy Workshop », l’idée était de permettre aux entrepreneurs de la nouvelle économie de « pitcher leur business plan » lundi à Paris, mardi à Milan, mercredi à Genève, jeudi à Londres et vendredi enfin dans une cinquième ville. La première année, plus de 150 millions d’Euro ont été levés par toutes les entreprises sélectionnées dans ce roadshow que nous avions plaisir à accueillir à Genève dans le cadre de nos conférences. L’argent coulait à flot et chacun parlait de son « burn rate » … L’argent leur brûlait les mains.»

Et les First Tuesday ?
« C’est grâce à Yann Borgstedt que j’ai rejoint ce réseau. En 1999, il m’a appelé pour me dire qu’il avait rencontré des gens qui faisaient à Londres, la même chose que moi en Suisse et pensait que je pouvais être intéressée à rejoindre ce réseau qui souhaitait s’étendre à l’international. Encore aujourd’hui des gens croient que j’ai démarré avec eux. Or nous avons été fondé la même année, en 1998, sans avoir connaissance des uns et des autres. La confusion doit provenir du fait que pendant les premières années, nous étions sous le radar. Les médias ne comprenaient absolument pas que le monde était en train de changer. On a commencé à parler de nous et de cette nouvelle économie qu’avec le succès des First Tuesday à Paris. Ce furent trois années folles. J’ai fait partie des premiers pays à rejoindre le réseau des First Tuesday, suivi par plus de 250 villes de par le monde. Nous avons fait la Une du Wall Street Journal avec pour illustrer l’article une carte de l’Europe. Genève figurait en bonne place sur ce tracé de la nouvelle économie. Encore aujourd’hui, je suis en lien avec Delphine Héraut qui a co-fondé les First Tuesday à Paris. Chaque événement ressemblait à une messe qui rassemblait chaque mois plus de mille personnes dans des friches industrielles. Flottait un parfum persistant de ruée vers l’or. Et la gueule de bois qui va avec. Les organisateurs des First Tuesday ne se sont pas relevé de l’éclatement de la bulle Internet en 2000. »

Comment et pourquoi avoir survécu à l’éclatement de la bulle ?
« Grâce à trois choses : notre vision, notre intuition du réseau social et notre éthique.
D’abord notre vision repose sur la fédération des talents du territoire. De toute la Romandie. Nous avons bénéficié du fait qu’en Suisse, il existe le niveau communal, cantonal et fédéral, mais il n’existe pas de région sur le plan administratif. Ceci a permis de se positionner dans le rôle de rassembleur et catalyseur de la nouvelle économie pour toute notre région. Chaque année, nous avons organisé des First dans un nouveau canton romand. Genève pour commencer, 4 fois l’an la première année, puis une fois par mois. Ensuite Vaud. Aussi une fois par mois. Puis Neuchâtel, Fribourg et le Valais. Et enfin le Jura. La création de ce réseau territorial a demandé un travail colossal car les interlocuteurs changent à chaque fois. Dans chaque canton il y a une promotion économique, un ministre, une chambre de commerce spécifique, etc.
Ensuite, l’intuition de ne pas se contenter des conférences/événements « live ». Les réunions qui rassemblaient les centaines d’organisateurs des First Tuesday étaient des moments forts. On s’est rencontré à Londres, Budapest, etc. Chaque fois, je parlais de la nécessité de favoriser le networking grâce à une plateforme en ligne. Je suis une des rares à l’avoir construite ! Les First Tuesday sont passés à côté de ce qu’ils auraient pu inventer ! Ils n’ont pas compris le métier d’opérateur de réseau social.
Enfin, l’éthique de ce métier. En tant qu’opérateur, vous ne pouvez pas utiliser le réseau à votre profit personnel. Que ce soit dans un but politique pour être élu ou de deal flow pour générer des revenus, par exemple. Autrement dit, si un opérateur utilise son réseau non pas au service de la communauté mais dans son intérêt personnel, la relation de confiance prend fin. Et le réseau social survit rarement. Des conférences First ont été organisés dans plus de 250 villes. J’ai été une des rares à le faire au niveau d’une région. Avec mon collègue d’Afrique du Sud, je crois. »

Après s’être focalisé sur la technologie, Rezonance s’est mise de plus en plus à aborder la question du management, pourquoi ?
« Parce que nouvelle technologie rime avec création d’entreprise. Et en matière de management, la révolution s’apparente à celle de l’informatique. Je m’explique. Au début de l’informatique, on pensait que la totalité de l’information du monde pourrait être gérée par trois super ordinateurs Cray centralisés au même endroit, dans la même pièce super ventilée. La révolution des PC a changé la donne. Aujourd’hui, chacun est devenu émetteur et récepteur d’information. Chacun est responsable de la qualité des informations qu’il distribue ou capte. Par exemple appliqué au secteur des médias duquel je viens, dès 1985, j’ai pressenti que dès que la voie de retour en temps réel aurait trouvé une solution technique et conviviale appropriée, alors le paysage médiatique muterait. C’est le lancement du navigateur Internet Mosaic en 1993 qui a été le point de bascule en rendant accessible le World Wide Web inventé au CERN. On est passé d’un mode de média de masse à une information distribuée. Et ce qui est valable pour l’informatique et les médias l’est aussi pour le management. Et plein d’autres secteurs comme l’énergie, etc.

Pouvez-vous développer la notion de leadership distribué ?
" Les quatre grandes fonctionnalités du management « pyramidal » sont la direction, la stratégie, la planification et le contrôle. Ces deux dernières fonctions, planification et contrôle, pèsent très lourds dans les coûts des organisations. Imaginez que vous remplacez le contrôle par la confiance et la planification par l’autogestion ! Dans un système organique où chacun est responsable, vous passez ainsi du manager qui se place devant ses collaborateurs pour les tirer ou derrière pour les pousser à un manager qui se place à côté d’eux dans une logique de leadership distribué. L’holacratie de Robertson et Chiquet, le management socio-économique de Savall ou les entreprises opales de Laloux sont autant de tentatives pour décrire et modéliser cette alternative au management actuel. L’un est inspiré par l’armée, l’autre par le vivant. Le défi est de passer du leadership hiérarchique au leadership distribué. La révolution informatique induit celle du mangement. Et pourquoi pas aussi d’autres secteurs comme l’énergie, etc. »

Et quid alors de l’énergie distribuée ?
« Au début du XXème siècle, le choix de privilégier des énergies centralisées a été fait. Combien de guerre au nom du gaz et du pétrole alors que Nicola Tesla parlait d’énergie libre ? Imaginez que nous devenions tous producteur et consommateur d’énergie ? Mon ami Jean Cinq Mars parle de « farming ecosystem ». Passer de la pyramide au cercle organique aussi pour les énergies, c’est une révolution qui sera choisie ou subie. Elle est inéluctable. Je me souviens d’avoir posé cette question à Vinton Cerf, fondateur du protocole TCP IP, lors de sa participation à la conférence LIFT il y a 10 ans : « La dynamique de la révolution informatique est-elle applicable à l’énergie ? » après réflexion et un silence où j’entendais son cerveau fonctionner à toute allure, il répondit : « Intéressant, à réfléchir », puis il s’est mis à imaginer cette révolution, à la rêver. C’est du design. Le design thinking n’est rien d’autres que de donner une forme à l’innovation. Certaines formes induisent certains effets. Si on change de posture et on adopte une autre forme, alors les effets aussi seront différents. »

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